Du Bon Pasteur aux bons pasteurs

Homélie 4e dimanche de Pâques

Blégny, 26 avril 2015

Clôture de la visite dans le Doyenné de Basse-Meuse

Chers Frères et Sœurs,

C’est une chance pour nous, qui sommes rassemblés ici au dernier jour de ma visite pastorale dans le doyenné de Basse-Meuse, de recevoir cet évangile du Bon Pasteur (Jean 10,11-18). Jésus nous dit : « Je suis le bon pasteur ». Et au fond, l’évangéliste Jean, en écrivant ce texte, témoigne de la foi des chrétiens, qui disent à Jésus : « Tu es le bon pasteur ». Oui, notre monde a besoin de pasteurs  de personnes responsables qui prennent soin des autres. L’absence de pasteur, l’absence de gouvernement, laisse les gens dans la misère, elle les livre à l’arbitraire des chefs de guerre, elle ouvre la porte à tous les actes de brigandage. C’est ce que nous constatons malheureusement dans différents pays du globe. Ils sont livrés aux mercenaires dont parle Jésus dans cette parabole du bon pasteur.

Si cela est vrai au niveau de la société, qu’en est-il au niveau spirituel ? A-t-on besoin de gouvernance, de pasteur ? Ne peut-on pas faire sa spiritualité tout seul, en se basant sur l’inspiration personnelle, l’inspiration du moment ? Voilà la question qui nous est posée à l’écoute de cet évangile du bon pasteur. La réponse, je la tire d’abord de l’expérience : oui on a besoin de pasteurs, on a besoin les uns des autres, on a besoin d’être guidés et éclairés dans la vie, on a besoin d’être écoutés, d’être connus personnellement. « Je suis le bon pasteur, dit Jésus ; je connais mes brebis ». Nous ne sommes pas auto-suffisants, nous avons besoin d’être connus, d’être conseillés, d’être « briefés ». Mais pas par n’importe qui, me direz-vous ! En effet ! C’est pourquoi Jésus insiste sur la qualité du pasteur. « Le vrai pasteur donne sa vie pour ses brebis ». Ce n’est pas comme le mercenaire, qui ne se préoccupe pas de ses brebis, qui s’en fout de ses brebis et qui s’enfuit quand on les attaque. On a besoin de personnes qui sachent se donner, se donner aux autres ; ce n’est pas de l’héroïsme : c’est vital ! Si nous ne sommes pas portés par des gens qui nous aiment, qui se donnent à nous, nous dépérissons, nous nous désespérons. Oui nous pouvons le connaître, il n’est pas caché ou inaccessible ; nous pouvons le reconnaître, à travers ses témoins, à travers les signes transmis en héritage, comme l’eucharistie que nous célébrons ici. Car nous aussi nous avons besoin d’un bon pasteur dans notre vie, qui nous inspire et qui inspire ceux que nous rencontrons.

Mais il y a plus ! Jésus ajoute : « J’ai encore d’autre brebis, qui ne sont pas dans cette bergerie ». De qui s’agit-il ? Fondamentalement, il s’agit de ceux que nous ne connaissons pas, de ceux qui sont loin, de ceux qui souffrent en silence, de ceux qui sont malades, de ceux qui sont victimes des guerres et des injustices. Jésus ouvre le champ de vision : il ne se contente pas de rassembler un troupeau dans la quiétude de la protection et du bercail confortable. Il s’inquiète pour ceux qui sont loin. Par le fait même, le Christ nous lance un double défi : connaître ceux qui sont loin et leur faire connaître le bon pasteur. Il nous invite à être à notre tour des bons pasteurs. C’est pourquoi ce dimanche est consacré aux vocations dans l’Église. On a besoin de pasteurs à tous niveaux : de pasteurs prêtres, mais aussi de pasteurs catéchistes, et de pasteurs dans les familles. Personnellement j’ai pu constater comment beaucoup d’entre vous prennent au sérieux cette vocation de pasteurs : dans les équipes de visiteurs de malades, de préparation des funérailles, de catéchèse, dans les conseils de fabrique, dans la pastorale des défavorisés comme la S.-Vincent de Paul, dans l’accueil des immigrés, dans les écoles, dans les équipes ou les conseils d’Unité pastorale, etc…

Beaucoup en effet dans ce monde sont loin, sont ignorés ou abandonnés : Jésus voudrait que chacun se sente connu de lui, ne se sente pas seul ou abandonné. Comment sera-ce possible si nous-mêmes ne sentons pas en nous cet appel à relayer le bon pasteur, à être de bons pasteurs pour nos frères et sœurs ? Être à notre tour de bons pasteurs n’est pas une prétention orgueilleuse : c’est une mission qui découle de celle du Bon Pasteur par excellence.  Il veut que nous le relayions, que nous soyons ses témoins. Comme l’a fait l’apôtre Pierre en guérissant un infirme à la porte du Temple de Jérusalem, ainsi que nous le rappelait la première lecture (Actes 4, 8-12).

Dans cette ligne, soulignons aussi le rôle des pasteurs de nos Églises, prêtres, religieux et religieuses. Ils ont reçu une mission spécifique, en réponse à un appel personnel. Pensons spécialement à eux en cette journée, qui est consacrée aux vocations sacerdotales et religieuses. Et à notre tour soyons missionnaires, appelant, interpellant, témoins dans notre société.

Ainsi tous, dans la diversité des vocations, nous concourrons à créer l’unité de l’humanité, c’est-à-dire le rassemblement des gens de toutes races et de toutes langues en une seule famille d’amour : « Il y aura un seul troupeau et un seul Pasteur », dit Jésus.  C’est l’horizon de notre vie, de la vie de tout être humain : ne le perdons pas de vue ; ne soyons pas des mercenaires indifférents, ne soyons pas des loups violents, soyons de bons pasteurs, à l’image du Christ, qui aime chacune de ses brebis et qui veut qu’aucune ne se perde !

+Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Visite dans le doyenné Basse-Meuse

Depuis le mois de janvier et jusque en novembre 2016, Monseigneur Jean-Pierre Delville visite une fois par mois un doyenné du diocèse. Une immersion de six jours pour aller à la rencontre des réalités de chacun et chacune. Cette fois, c’est une plongée dans le très vaste doyenné de la Basse-Meuse, qui relie Liège à Maastricht et la province du Limbourg au Pays de Herve. Découvrez la très complète description du doyenné par son doyen Jacques Desonay et le programme de la visite de l’Evêque ci-dessous. Tout au long de la semaine, retrouvez sur le site et la page Facebook du diocèse de Liège les nouvelles de la visite pastorale de notre Evêque. 

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L’évêque de Liège, Mgr Jean-Pierre Delville, visitera du 20 au 26 avril le doyenné de Basse-Meuse, qui a comme chef-lieu la ville de Visé. Ce doyenné comprend les unités pastorales de Blegny,  Dalhem, Herstal, vallée du Geer, Oupeye et Visé. Il s’agit donc d’une zone très diversifiée au niveau sociologique.

Une caractéristique de cette région est qu’elle est proche du lieu d’origine du diocèse, puisque dès la mort du premier évêque, saint Servais, en 384, c’est à Maestricht qu’il fut enterré, à 18 km de Visé. Saint Servais était probablement originaire de Syrie. Le premier monument chrétien de nos régions a été trouvé à Glons : c’est un arc de portail sculpté datant du 6e siècle. La ville de Visé conserve la châsse de saint Hadelin (617-690), moine de Solignac (Limousin) et disciple de saint Remacle. Elle témoigne ainsi de la seconde évangélisation de nos régions par les moines irlandais ; ceux-ci prirent l’initiative de se lancer sur les chemins et de témoigner de la foi chrétienne dans les campagnes. Quant à Herstal, la ville est célèbre pour avoir abrité un palais de Charlemagne, lieu d’où celui-ci va promouvoir le culte de saint Lambert enterré à Liège. Ces racines de notre Église nous incitent à réfléchir sur notre présent, à partir de l’audace des premiers témoins de la foi.

La région est dynamique au niveau économique : qu’on pense en particulier au Trilogiport en construction à Hermalle-sous-Argenteau et aux industries de Herstal et de son Parc industriel. Elle recèle aussi ses pauvretés au niveau social. Elle regroupe de nombreux établissements d’enseignement. La ville de Visé est renommée pour son commerce.

L’évêque visitera chaque unité pastorale. Le lundi 20 avril, il parcourra la vallée du Geer, visitera la Grotte du Petit-Lourdes et rencontrera le groupe de solidarité avec le Cameroun. Il présidera une célébration d’ouverture à Visé. Le mardi 20 avril il visitera Dalhem, en particulier les animateurs de jeunes. Le mercredi 22, il se rendra à Herstal et visitera en particulier les écoles, puis à Oupeye, où il rencontrera l’équipe de préparation des funérailles. Le jeudi 23, à Visé il verra en particulier les groupes de solidarité et participera à une célébration œcuménique à Herstal. Le vendredi 24, il rendra visite à Blégny, spécialement aux religieuses. Le samedi, il donnera le sacrement de confirmation à des jeunes de la vallée du Geer à Glons. Le dimanche 26, il clôturera la visite en présidant l’eucharistie à Blégny.

L’objectif de la visite pastorale pour l’évêque est de rencontrer les chrétiens sur leur lieu de vie et de les encourager dans la mission et le témoignage. La visite permet aux responsables locaux de faire le point avec l’évêque et ses proches collaborateurs ; pour les divers acteurs du terrain, prêtres, diacres, assistantes paroissiales et animateurs pastoraux, la visite est l’occasion de se rencontrer et de se soutenir mutuellement. C’est aussi l’occasion de réunir les chrétiens pour prier ensemble, célébrer avec joie le temps de Pâques, s’engager résolument dans le service du monde et construire l’avenir de l’église.

Le Doyenné vu par son Doyen Jacques Desonay

Le doyenné relie la ville de Liège à celle de Maastricht et la province du Limbourg au Pays de Herve. Il regroupe 42 communautés  réparties en 6 unités pastorales. Il compte environ 108.000 habitants.

La pratique dominicale est très variable d’une communauté à l’autre au global elle doit tourner au tour de 5%. Pour collaborer à la vie des différentes communautés, il y a 15 prêtres dont 6 pensionnés, 2 diacres, 4 assistantes pastorales et de nombreux laïcs.

L’ UP de Herstal, la plus proche de Liège, se compose de 5 communautés. C’est une population urbaine qui souffre de la fermeture de la sidérurgie. Cela nous donne environ 23% de chômeurs. La population se compose de nombreuses nationalités (18% d’étrangers) se répartissant en plusieurs religions chrétiennes et la religion musulmane. La pratique est relativement basse mais le travail en U.P. permet de garder des groupes bien vivants.

L’U.P Saint Martin d’Oupeye réunit 7 communautés, certaines d’origine rurale et d’autres urbaine. Là aussi on souffre de la fermeture de la sidérurgie (15,5% de chômeurs). Un travail important se fait pour responsabiliser les laïcs et réunir les communautés dans l’organisation et l’animation.

L’U.P. de la vallée du Geer rassemble 7 communautés et possède un centre marial «  Le Petit Lourdes » surnommé le Lourdes des pauvres. Région rurale qui touche au Limbourg. Un effort est fait pour s’ouvrir aux plus pauvres et partager avec eux. Patiemment les différents villages se rapprochent.

L’U.P. de Dalhem regroupe 7 communautés, elle a le plus petit nombre d’habitants. Région rurale et de résidence proche du plateau de Herve, elle ne compte que 8,5 de chômeurs. La pratique est plus importante. Un certain nombre de grands jeunes sont impliqués dans l’animation des 12-15 ans et des prés confirmant. Ils sont aidés par d’autres jeunes de Blegny et de Visé et encadrés par des adultes.

L’U.P. de Blegny compte 5 communautés de type rural et résidentiel. Elles sont proches aussi du Plateau de Herve. Il y a des équipes relais dans chaque communauté, un conseil d’unité pastorale et une équipe pastorale qui entoure le curé et un prêtre auxiliaire pensionné.

L’U.P. de Visé-Basse-Meuse relie, comme un long serpent, les 5 autres unités dont elle est contigüe . Elle compte 11 communautés très diverses vu l’étendue géographique. Lixhe, Lanaye coincés entre la montagne St. Pierre et le canal Albert touchent la Hollande. Ils ont vécus des cimenteries et deviennent résidentiel. Devant le Pont et à Visé, il y a deux communautés bien différentes dans une même ville. Devant le Pont, on trouve une population résidentielle, avec de petites entreprises où il fait bon vivre. Visé, ville commerçante, touristique d’un jour, vit au rythme de ses plus 4000 étudiants qui y viennent tous les jours.

Richel et Sarolay sont plus des villages résidentiels. Cheratte Haut et Bas sont habités par de nombreux citoyens d’origine étrangère. Turc à Cheratte Bas, Italiens, Polonais, Marocains à Cheratte Haut .Wandre et souverain Wandre se rapprochent de la situation de Herstal avec le fermeture de Chertal. La Xhavée  est plus un village dortoir. Vu les 17% de chômeurs, la conférence St. De Paul et la porte ouverte en collaboration avec des organismes de la ville travaillent beaucoup à l’aide et soutien de ces populations.

Pour terminer, je dirais que nous avons peu de présence d’habitants de moins de 50 ans, les bénévoles se font rares pour remplacer ceux qui prennent de l’âge ou qui sont fatigués. Malgré cela la recherche de nouvelles formes d’animations et la collaboration de plus en plus étroite entre les communautés permettent encore de nourrir une très belle foi et d’assurer une présence dans le doyenné.

Comme nous y invite le Pape François, nous devons continuer à devenir toujours plus une « Eglise en sortie », orientée vers les plus pauvres.

Jacques Desonay, Doyen de la Basse Meuse

Programme de la visite

LUNDI 20 

Dans l’après-midi : visite de la Vallée du Geer : petit Lourdes, Val du Geer/Cerisaie, rencontre du groupe Cameroun.

20h à la collégiale à VISE : Célébration d’ouverture

MARDI 21

à 17h30 à DALHEM : rencontre avec l’équipe du deuil

à 19h30 à Dalhem : rencontre avec les animateurs de la Confirmation

MERCREDI 22 

Matinée à HERSTAL, à la découverte du milieu scolaire, Saint-Lambert 1 et 2 et l’école des Monts.

VISE à 18 heures : rencontre avec le monde politique

A  20h 30 dans l’Unité d’OUPEYE : rencontre avec les équipes funérailles

JEUDI 23

Journée à VISE, rencontre avec les écoles et leurs directeurs, école secondaire de Saint Joseph, visite des ateliers.

En soirée à HERSTAL : rencontre œcuménique à 19 h 30

VENDREDI 24

Le matin à BLEGNY, rencontre des Sœurs de St Joseph, de l’école, de la Maison de Repos St Joseph, des visiteurs de malades

Le soir à VISE : souper avec les équipes pastorales, les assistantes paroissiales et les prêtres

SAMEDI 25

Après-midi à Remersdael, rencontre à la retraite Profession de Foi d’Oupeye  18h : confirmations à GLONS

DIMANCHE 26 

10h30 à BLEGNY eucharistie de clôture, suivie du verre de l’amitié

Veillée pascale en la Cathédrale Saint-Paul de Liège

Homélie de Mgr Delville.

Chers frères et sœurs,

 

« Il est ressuscité ! Il vous précède en Galilée ! Là vous le verrez, comme il vous l’a dit » (Mc 16,6-7). Voilà le cri de Pâques, la joie de Pâques ! Ce sont les mots de l’ange à Marie Madeleine et à Marie, mère de Jacques, qui étaient allées visiter le tombeau de Jésus. Ce sont les mots que ces femmes devront communiquer aux disciples. Et ce sont les mots qui retentissent aujourd’hui dans toutes les Églises du monde ! Ils remplissent de force les chrétiens, qui 11110860_898772210166310_5777565078871415512_nvoient que même le dernier ennemi, la mort, a été vaincu par le Christ Ressuscité. La vie est plus forte que la mort, la lumière est plus forte que les ténèbres, l’espérance est plus forte que le désespoir, la joie est plus forte que la tristesse ! Nous l’avons vécu en tenant la lumière du feu en nos mains ; en chantant de tout notre cœur l’alleluia ; en écoutant la parole de vie, qui nous brosse l’histoire du monde depuis ses origines, en passant par l’histoire d’Israël et les écrits de ses prophètes, pour arriver à l’événement de Jésus, en qui culmine toute l’histoire de notre humanité !

 

Pour vivre cela, il faut suivre les trois femmes au tombeau de Jésus. Elles entendent de la bouche du jeune homme vêtu de blanc, la question suivante : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ? » (Mc 16,6). Cette parole me fait réfléchir : les femmes en effet cherchent Jésus. Nous aussi nous sommes invités à chercher Jésus. Déjà, nous sommes venus ici pour chercher Jésus. Dans chacune de nos vies, il y a des questions, des doutes, des recherches. Nous sommes parfois dans la difficulté à cause de problèmes dans nos familles ou au travail, à cause des problèmes de notre société et des peurs que nous vivons. Ainsi ces trois femmes aussi étaient touchées par des questions de violence : on avait exécuté injustement leur meilleur ami, Jésus. Mais elles ne s’avouent pas vaincues ; elles le cherchent, elles vont jusqu’à son tombeau ! Alors, nous aussi, osons chercher Jésus dans notre vie ; n’oublions pas son message et sa force de vie.

 

Le jeune homme assis au tombeau continue à parler et dit : « Jésus est ressuscité ! Il  vous précède en Galilée. Là vous le verrez comme il vous l’a dit ». Jésus est donc vivant, mais on ne le voit pas en direct. « Il nous précède en Galilée ». Qu’est-ce que cela veut dire ? La Galilée, c’est la région où Jésus a vécu son enfance, c’est là qu’il a commencé son ministère, c’est là qu’il a connu ses premiers disciples ; mais c’est une région marginale, c’est loin de la capitale, Jérusalem ; c’est une région de frontière et de périphérie. Cela veut dire qu’on découvre Jésus dans les périphéries de notre monde, comme le dit le pape François. Nous découvrons Jésus quand nous sommes attentifs aux pauvres, aux malades, à ceux qui sont dans le besoin. Nous découvrons Jésus quand nous reconnaissons notre faiblesse et que nous recherchons une lumière et une force pour notre vie. Ainsi Marie-Madeleine avait-elle découvert en Jésus celui qui lui pardonnait sa vie dissolue et lui donnait une nouvelle chance pour le futur. Alors, nous aussi cherchons Jésus à partir de nos désirs de vie nouvelle, car Jésus est celui qui donne à chacune de nos vies une deuxième chance, une nouvelle chance.

 

La Galilée, c’est aussi le lieu où les disciples ont d’abord connu Jésus ; ce sont les villes de Nazareth et de Capharnaüm, où Jésus a commencé son ministère. Par la voix de l’ange et le témoignage des femmes, Jésus engage donc ses disciples à le retrouver en Galilée, sur le lieu de leurs premiers pas ensemble, le lieu du coup de foudre pour Jésus, le lieu de la vocation. De même, nous aussi, Jésus veut nous retrouver dans notre Galilée, c’est-à-dire à partir des premiers pas de notre vie de chrétien. Il nous rappelle nos débuts, il nous rappelle l’appel qu’il nous a lancé. Aujourd’hui Jésus nous donne une Galilée nouvelle, un nouveau lieu de communion ; il est présent quand nous vivons une vraie réalité d’amour, une communion d’amitié.

 

Aujourd’hui, dans un instant, nous aurons la chance de participer à un baptême d’adulte. Le baptisé va passer de la mort à la vie : il entre dans une vie nouvelle, comme dit saint Paul aux Romains : « Si, par le baptême, qui nous unit à la mort du Christ, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, comme le Christ, qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts » (Rom 6,4) Donc la résurrection de Jésus se répercute dans la vie de tout chrétien, qui vit à son tour cette expérience de mort et de vie. « Vous aussi, dit-il, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus-Christ » (Rom 6,11). C’est donc une joie pour nous tous d’accueillir un nouveau baptisé en notre communauté, car il témoigne ainsi de sa foi dans notre monde. Il vivra en cette célébration le baptême, la confirmation et la première communion. Il sera vêtu du vêtement blanc 11134144_898781963498668_2412935138295387636_ncomme l’ange qui était au tombeau du Christ. Le baptisé devient comme un ange qui nous parle et qui nous rappelle notre baptême à chacun.

 

Alors, frères et sœurs, laissons l’ange de Dieu parler en nous. Exposons-nous à son message de joie. Découvrons Jésus qui nous précède en Galilée, qui nous précède dans le lieu de nos sources et de nos racines, qui nous précède dans notre société en attente d’un salut. Ayons en nous un cœur de chair, un cœur en recherche. Et communiquons cela autour de nous. Dieu fera monter sur nos lèvres les paroles à dire. L’amour de Dieu ne se résigne pas à la mort et au mal. Devenons des prophètes de la Résurrection. Alleluia !

 

Chemin de croix au cœur de Liège

Revivez le chemin de croix suivi par les Liégeois avec les textes d’Évangile et les commentaires de Mgr Delville.

 

Chers Frères et Sœurs,

Au long de ce chemin de croix nous allons évoquer les souffrances de Jésus, en les représentant par des images, par des textes, par l’imagination, par notre marche. Pourquoi reproduire aujourd’hui des souffrances d’il y a deux mille ans ? Parce que dire les souffrances contribue à les vivre, à les dépasser, à en être libérés. Regarder en face les souffrances de l’humanité nous fait entrer dans un chemin de solidarité et de communion. La foi chrétienne a parfois été accusée de dolorisme, parce qu’on valorisait la douleur. Mais en fait, la foi chrétienne possède, avec le judaïsme, les premiers documents au monde qui décrivent la souffrance d’un innocent, ce sont les évangiles et les psaumes. Décrire la souffrance est un progrès de l’humanité. C’est le premier pas pour en sortir. Et c’est pour cela que Jésus nous sauve de la souffrance : c’est parce qu’il affronte celle-ci chez chaque personne qu’il rencontre et il affronte celle-ci dans sa propre passion et sa mort. Alors mettons-nous à son écoute.

 

1. Saint-Pholien : Marc 14, 55-72

Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.

De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas.

Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :

« Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »

Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants.

Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »

Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »

Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »

Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?

Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.

Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.

Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.

Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »

Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta.

La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »

De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »

Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »

Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.

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Eglise Saint-Pholien (Mc 14, 55-72 : Jésus devant Caïphe)

Les souffrances sociales

Nous venons d’entendre comment Jésus a été condamné par un tribunal, qui se basait sur de faux témoignages, sur des témoins corrompus. C’est pourquoi je voudrais évoquer d’abord les souffrances de notre monde liées à la corruption et à la trahison. La corruption est une grande tentation ; partout dans le monde elle règne. Chacun est tenté de trouver des avantages financiers de manière un peu illégale ; chacun est tenté de demander des faveurs ou d’accorder des faveurs à des amis. C’est à cause de cela que Jésus a été trahi. Les faux témoins ont gagné de l’argent et ont donné des arguments au tribunal, pour que celui-ci condamne Jésus. Même son ami Pierre l’a trahi. Lui c’était surtout par peur, par peur d’être dévoilé et arrêté à son tour. Nous aussi il nous arrive d’avoir peur de dire la vérité, peur d’être mal vu, mal considéré. Ces peurs, ces corruptions, c’est un mal qui ronge la société. Ces peurs et ces trahisons, nous les vivons parfois même en Église, dans des moments de concurrence, d’ambition ou de prise de pouvoir. Reconnaissons ces souffrances qui sont provoquées par nos propres milieux de vie et de foi, comme les souffrances que Jésus a endurées de certains de ses compatriotes ou de certains de ses disciples.

Dans cet esprit d’humilité, prions le Seigneur.

Seigneur Jésus, nous te prions pour notre société. Qu’elle ne soit pas prise par la peur de dire la vérité ; qu’elle ne cède pas à la corruption. Nous te prions pour chacun d’entre nous. Accorde-nous la fidélité dans notre témoignage. Chasse les peurs qui assiègent nos vies. Libère-nous de l’indifférence, toi qui nous aimes pour les siècles des siècles.

 

  1. Perron : Marc 15, 1-15

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Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.

Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. »

Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.

Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »

Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.

À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.

Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute.

La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude.

Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »

Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré.

Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas.

Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? », de nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! »

Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! »

Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.

 

  1. Perron (Marc 15, 1-15) : Jésus devant Pilate

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Les souffrances de la ville

Ici devant le Perron liégeois, au cœur de notre ville, je voudrais évoquer les souffrances qui accablent les habitants. À commencer par les souffrances provenant de la pauvreté. Beaucoup de Liégeois vivent au seuil de la pauvreté ou dans la pauvreté. La manifestation contre l’austérité ce mercredi l’a bien fait sentir. Ce sont les souffrances vécues en ville, souvent en cachette. L’anonymat de la ville nous entraîne à être indifférents aux autres, à les regarder de loin. Nous pensons à notre confort, mais pas trop au confort des autres. Nous risquons d’être comme Ponce-Pilate qui s’est lavé les mains. Nous risquons d’être comme la foule qui crie : Relâche-nous Barabbas ! Nous risquons d’être entrainés à des jugements téméraires, à des mépris de type raciste. En ces moments où nous craignons des attentats terroristes, nous risquons aussi de stigmatiser les musulmans. Reconnaissons ces souffrances qui sont provoquées par le milieu de la ville et de notre société, comme celles que Jésus a endurées de la part de ses proches.

Dans cet esprit de confiance en l’autre, prions le Seigneur.

Seigneur Jésus, nous te prions pour notre ville. Qu’elle ne soit pas victime des marginalisations et des pauvretés sociales. Qu’elle vive la solidarité et l’attention à l’autre. Que nous sachions nous engager dans des groupes de solidarité. Nous te prions pour chacun d’entre nous. Ouvre nos cœurs à l’autre qui est différent de moi, par sa race ou sa religion. Ouvre nos cœurs à la reconnaissance, toi qui vis pour les siècles des siècles.

 

  1. Dalle Saint-Lambert : Marc 15, 16-26


Les soldats emmenèrent Jésus à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde, ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.

Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »

Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.

Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier, et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.

Et ils amènent Jésus au lieu-dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).

Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.

Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.

C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.

L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».

 

  1. Dalle Saint-Lambert (Marc 15, 16-26) : Jésus conduit au Calvaire

La violence des guerres

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Sur cette Place S.-Lambert, nous commémorons le massacre qui a eu lieu le 15 décembre 2011. La violence aveugle a frappé et fait quatre victimes en plus du terroriste. Depuis lors la violence aveugle a frappé aussi à Paris le 7 janvier 2015 et à Verviers le 14 janvier. A beaucoup d’endroits dans notre monde des innocents sont frappés par la violence, spécialement au Moyen Orient, en Irak et en Syrie. Mais aussi en Afrique : au Yemen, en Lybie, en Somalie, au Nigeria. L’aveuglement de la violence humaine conduit à la mort ; de même Jésus a été conduit au Golgotha par violence pour y être crucifié. Au Moyen Orient les chrétiens sont particulièrement victimes de cette violence et son visés par des fanatiques. Cette atrocité des guerres fait perdre la confiance en la paix. Mais il est un espoir, malgré les conflits. Des personnes restent pures et sont artisans de paix. Pensons à ce Simon de Cyrène qui aide Jésus à porter sa croix. L’évangéliste Marc rappelle une détail étonnant : Simon est le père d’Alexandre et de Rufus. C’est un clin d’œil à la communauté chrétienne qui lit l’évangile de Marc, sans doute dans la ville de Rome, et qui connaît ces deux frères, Alexandre et Rufus. Ils sont le symbole que la vie et la communauté chrétienne ont résisté à la mort de Jésus et ont cru en sa résurrection. De même, à notre tour, soyons des témoins de paix et des artisans de réconciliation dans notre monde marqué par les guerres. Sachons faire des pas dans le sens de la paix et de la réconciliation. Ne cédons pas aux discours simplificateurs qui accusent à tort et à travers ; mais portons dans la confiance ceux qui travaillent à la paix.

Dans cet esprit de réconciliation, prions le Seigneur.

Seigneur Jésus, nous te prions pour notre monde, sujet à beaucoup de violence et de guerres. Partout s’ouvrent de nouveaux Golgotha. Nous te prions spécialement pour les victimes de ces conflits, et particulièrement pour nos frères les chrétiens d’Orient. Nous te prions pour les victimes innocentes quelle que soit leur religion. Nous te prions pour les fanatiques, afin qu’ils découvrent les valeurs de l’humanité. Nous te prions pour chacun d’entre nous. Fais de nous les témoins de la résurrection, comme Alexandre et Rufus, dont le papa avait porté la croix de Jésus. De son geste d’aide momentanée et commandée, est née une conversion à la paix et une espérance pour le futur. Fais de nous des artisans de paix, à travers la fragilité de nos vies, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles.

 

  1. Opéra : Marc 15, 27-39
    Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.

Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,

sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »

De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !

Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.

Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.

Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »

L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »

Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.

Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.

Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

 

  1. Opéra (Marc 15, 27-39) : mort de Jésus

Les souffrances personnelles

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Jésus meurt sur le Calvaire, après avoir été injurié sans pitié par les passants. Comme l’être humain peut être abject et insensible ! Comme son esprit peut être perverti ! Nous contemplons ici les souffrances atroces de Jésus sur la croix. Nous voudrions évoquer en parallèle les souffrances des malades dans les hôpitaux ou dans leur maison. Combien doivent trainer une maladie pénible, longue, parfois incurable. Combien désespèrent et se sentent isolés, comme Jésus sur la Croix. Portons-les dans la prière et soyons prêts à faire un pas pour visiter ceux qui sont immobilisés par la maladie. Nous pensons aussi à toutes les souffrances psychiques que l’être humain peut endurer : les souffrances affectives liées aux séparations ; les souffrances liées à la dépression ; les souffrances entrainées par les situations de mépris et d’oppression ; les souffrances vécues par les femmes violées, spécialement au cœur des guerres, par les enfants victimes de sévices et d’abus ; par les blessés de la vie, qui parfois deviennent blessants pour les autres. Nous découvrons enfin l’abîme de la mort, spécialement la mort injuste de Jésus. Et nous pensons à tous ceux qui sont proches de la mort. Au cœur de ces souffrances et face à cette mort implacable, Jésus a une parole étrange : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Serait-ce la fin de la foi en Dieu ? Serait-ce le désespoir total ? En fait Jésus récite le psaume 21, qui commence par ces mots de désespoir, mais qui se termine pas des mots d’espérance et de foi : « Le Seigneur n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère (…). On annoncera le Seigneur aux générations à venir. On proclamera sa justice au peuple qui va naître » (Ps 21,25.31-32).

Dans cet esprit d’espérance, prions le Seigneur

Seigneur, regarde notre misère et nos peines, regarde nos souffrances physiques et psychiques. Nous te prions pour tous ceux qui en sont accablés. Regarde ceux qui en souffrent, guéris-les, console-les, soulage-les. Suscite des amitiés et des démarches de guérison auprès des malades. Délivre-nous de la mort éternelle et accompagne chacun de ceux qui doivent faire bientôt le grand passage. Nous te prions pour chacun d’entre nous. Que nous soyons remplis de ton esprit de guérison, de consolation et d’amour, même dans les situations qui paraissent désespérées. Ainsi comme dit le ps 21, « on proclamera ta justice au peuple qui va naître ». Fais de nous un peuple nouveau qui va naître au pied de la croix. Et comme le centurion romain, un païen de souche et un militaire convaincu, nous pourrons être bouleversés par ta grâce et dire : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

  1. Vierge de Delcour : Marc 15, 40-47

    Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé,

qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat, Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.

Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps.

Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.

Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.

Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

 

  1. Vierge Delcour (Marc 15, 40-47)
    La communauté qui vit la compassion11084240_898112703565594_5617492572778436502_n

Au pied de la fontaine de la Vierge de Delcour, nous nous trouvons au pied de Marie. La voilà ici dans sa gloire et dans sa joie. Mais Marie était aussi au pied de la croix. On y découvre également trois autres femmes : Marie Madeleine ; Marie, mère de Jacques le Petit et de José ; et Salomé. Elles avaient suivi Jésus sur ce chemin de souffrance, comme nous aujourd’hui. Elles avaient aussi suivi Jésus depuis la Galilée, durant sa vie publique. Nous aussi suivons Jésus dans notre vie quotidienne. Elles ont de l’audace et de l’affection. C’est aussi le cas d’un homme, Joseph d’Arimathie, membre du Conseil, qui attendait le règne de Dieu, venu à travers Jésus. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus. Toutes ces personnes sont audacieuses et fidèles. Elles n’ont pas voulu baisser les bras, elles n’ont pas abandonné la partie. Elles ensevelissent le corps de Jésus et le posent dans un tombeau. Elles continuent à regarder, à observer, à être à l’affût. C’est pourquoi l’évangéliste Marc nous dit : « Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis ». Le regard va déboucher sur la vision. Celles qui ont accompagné Jésus jusqu’au bout seront les premières qui le verront remis debout, c’est-à-dire ressuscité. Le regard est le prélude à la foi. En regardant, on ouvre son cœur à l’inattendu et à la grâce. Ces femmes et ces hommes nous sont connus par leur nom. Ce sont les premiers chrétiens, les premiers à croire en Jésus ressuscité et vivant. Ils incarnent la compassion, c’est-à-dire le « souffrir avec ». Ils incarnent la sympathie, ce qui veut dire aussi « souffrir avec » ; ils incarnent la miséricorde, c’est-à-dire le grand cœur, cette vertu dont le pape François ne cesse de dire la valeur, au point qu’il nous a annoncé une année sainte de la miséricorde, à partir du 8 décembre 2015, fête de l’immaculée Conception de Marie. Marie nous précède donc comme première de la Communauté chrétienne.

 

Dans cette foi, prions le Seigneur.

Seigneur Jésus, aux derniers moments de ta vie, tu as été entouré de tes plus fidèles disciples, surtout des femmes, et en particulier de Marie. Si les uns avaient fui, les autres sont restés. Un jour tous se retrouveront dans la miséricorde et le pardon. Les saintes femmes à la croix nous ont laissé le témoignage de la compassion et de la sympathie. Face à la mort et face à la souffrance, le dernier mot n’a pas été dit. Le tombeau ne sera pas la fin de tout. Le regard des femmes et celui de ta mère nous ouvrent les portes d’un au-delà de la mort. Aide chacun d’entre nous à porter sur le monde ce regard d’amour, de miséricorde et de compassion, afin que nous soyons tous témoins de ta résurrection, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles.

 

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Messe Chrismale

Chers Frères et Sœurs,

Liebe Brüder und Schwestern,

 

C’est une joie pour moi de me retrouver avec vous en ce jour qui nous plonge au cœur de notre foi et de notre engagement, grâce à la messe chrismale qui nous réunit.

 

Ich freue mich, mit Ihnen hier zu sein an diesem Tag, der uns zum Kernpunkt unseres Glaubens und unseres Engagements führt, dank der Chrisammesse, die uns heute versammelt.

 

Die Liturgie führt uns von der Salbung Jesu zur Salbung der Priester und anschließend zur Salbung der Kranken, der Taufanwärter und aller Getauften. In dieser Kette wird ein jeder durch die Salbung gekennzeichnet, durch die wir zu Jüngern Christi und Gläubigen gesalbt werden.

 

La liturgie nous fait passer de l’onction de Jésus, à l’onction des prêtres, puis à celle des malades, celle des catéchumènes et celle de tous les baptisés. Dans cette chaine, chacun est marqué par l’onction qui nous consacre comme disciples du Christ et comme croyants.

 

Die Salbung Jesu ist eine geheimnisvolle Salbung, die in der Synagoge von Nazareth stattfindet. Dort ist es, wo Jesus den Ausschnitt aus dem Buch Jesajas liest, wo geschrieben steht: „Der Herr hat mich gesalbt.“ Jesus ist also durch eine Salbung, ein Chrisma, gekennzeichnet, das ihm den Namen Christus gibt, der Gesalbte, im Hebräischen Maschîah, der Messias.

 

L’onction de Jésus est une onction mystérieuse, qui s’accomplit dans la synagogue de Nazareth. C’est là que Jésus lit le livre d’Isaïe au passage où il est écrit : « Le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Jésus est donc marqué par une onction, un Chrisma,  qui lui donne le nom de Christ, celui qui est oint, en hébreu maschîah, le messie.

 

Die Salbung Jesu ist an erster Stelle als Dienst zu betrachten. Jesus greift das Wort aus Jesaja 61,1 auf und sagt: „Der Geist des Herrn hat mich gesalbt. Er hat mich gesandt, damit ich den Armen eine frohe Botschaft bringe; damit ich den Gefangenen die Entlassung verkünde und den Blinden das Augenlicht“ (Lk 4,18). Somit wurde Jesus an erster Stelle gesandt, um den Armen eine frohe Botschaft zu bringen. Als er dies den Menschen in Nazareth verkündet, fügt Jesus hinzu: „Heute hat sich das Schriftwort, das ihr eben gehört habt, erfüllt.“ So erfüllt es sich auch heute für uns. Die Sendung Jesu betrifft uns als Arme, Blinde, Gefangene, Menschen mit gebrochenen Herzen. Diese Öle, die wir heute weihen, sind ein Symbol für die neue Kraft, die Jesus uns schenkt, der in unser Leben tritt. Die Kraft Jesu wirkt in unser Leben ein wie eine Salbe in die Haut einzieht. Jeder von uns hat zu Hause einige gute Salben, um sich zu pflegen: Voltaren für Verstauchungen, Nivea für Risswunden, Tiger-Balsam für Rückenschmerzen… (dies ist eine kostenlose Werbung und ohne Gewähr!). So hat jeder von uns seine Lieblingssalben und verzichtet nicht gerne darauf! Genauso ist es für die Gnade Christi, die durch das heilige Chrisam und die heiligen Öle symbolisiert werden. Sie bringt uns auf spiritueller Ebene wieder in Form, wenn wir unsere Schwächen und Armut erkennen.

 

La consécration de Jésus est d’abord un service. Jésus dit, en lisant le texte d’Isaïe 61,1 : « Le Seigneur m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs la libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue » (Lc 4,18). La mission de Jésus est donc d’abord d’être envoyé pour porter une bonne nouvelle à des pauvres. En annonçant cela aux gens de Nazareth, Jésus ajoute : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture ». Cela s’accomplit donc pour nous aussi aujourd’hui. La mission de Jésus nous touche en tant que nous sommes pauvres, aveugles, prisonniers ou cœurs brisés. Nous recevons de lui une force nouvelle symbolisée par ces huiles que nous allons consacrer et qui symbolisent la force nouvelle de Jésus entrant dans nos vies. La force de Jésus entre dans nos vies comme la crème entre dans la peau. Chacun de nous chez soi possède quelques bonnes crèmes pour se soigner : on a le Voltaren pour les cas d’entorses, la Nivea pour les gerçures, le Baume du tigre pour les maux de dos… (publicité gratuite et non garantie !). Chacun a ses crèmes préférées. On ne s’en passe pas facilement ! Il en va de même de la grâce du Christ, symbolisée par le saint chrême et les saintes huiles. Elle nous remet en forme spirituelle, quand nous reconnaissons nos faiblesses et nos pauvretés.

 

Somit wieder auf die Beine gebracht, danken wir dem Herrn für diese Heilung, die er uns schenkt. Wir werden zu seinen Jüngern und wollen diese Gnade, die wir erhalten haben, um uns verbreiten. Es ist die gesamte Christengemeinschaft, die den Armen eine frohe Botschaft bringt, die die gebrochenen Herzen heilt und die Gefangenen befreit. Wir empfangen etwas und wir schenken etwas. Dies trifft insbesondere für die Priester zu, die die Gnade der Berufung und des Ministeriums erhalten haben. Sie haben die Gabe des Geistes erhalten und wollen ihn um sich herum weitergeben.

 

Ainsi retapés nous remercions le Seigneur de cette guérison qu’il nous donne. Nous devenons ses disciples, et nous sommes portés à diffuser autour de nous cette grâce que nous avons reçue. C’est la communauté chrétienne tout entière qui devient porteuse de bonne nouvelle aux pauvres et libératrice des prisonniers. Donc nous recevons et nous donnons. C’est spécialement vrai pour les prêtres, qui ont reçu la grâce de la vocation et du ministère. Ils ont reçu le don de l’Esprit et désirent le transmettre autour d’eux.

 

Heute Abend erneuern die Priester ihr Priestergelübde. Sie erneuern ihr Ministerium. Sie wollen „dem Herrn Jesus Christus enger verbunden und gleichgestaltet werden“, wie in dem heutigen Gebet gesagt wird. Der versammelt die Gemeinschaft im Namen Christi, er verkündet das Wort Christi und feiert die Sakramente im Namen Christi.

 

Les prêtres, ce soir, renouvellent leurs promesses sacerdotales. Ils renouvellent leur ministère. Ils veulent « vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus et chercher à lui ressembler », comme dit l’oraison lue à ce sujet. Le prêtre rassemble la communauté au nom du Christ, il annonce la parole du Christ, et il célèbre les sacrements au nom du Christ.

 

C’est l’occasion pour moi de saluer tous les prêtres ici présents, et spécialement les prêtres jubilaires. Les jubilaires bénéficient de l’expérience et ils manifestent la fidélité à la foi et à la mission. Tous vous allez renouveler vos promesses sacerdotales. Je vous remercie pour votre engagement et votre ministère. Vous êtes au cœur de l’Église et votre témoignage manifeste la présence du Christ pasteur. J’invoque l’esprit du Seigneur pour qu’il bénisse et rende fécond votre ministère. Et qu’il appelle de nouveaux candidats au sacerdoce dans l’année qui vient.

 

Das Öl der Kranken erinnert uns an all diejenigen, über die Jesus sich gebeugt hat und die er geheilt hat.

 

L’huile des malades nous rappelle tous ceux sur qui Jésus s’est penché et qu’il a guéris.

 

L’huile des catéchumènes nous centre sur la formation à la foi. Cette année 10 catéchumènes adultes seront baptisés dans notre diocèse.

 

Das Chrisam ist ganz besonders mit der Taufe, der Firmung und der Ordination verbunden. Es ist das Öl der Salbung, die jeder Christ erhält. Es ist Sinnbild für seine Zugehörigkeit zu Christus, der uns vom Tode und von der Sünde befreit, uns neue Kraft gibt und uns für die Zukunft öffnet.

 

Le Saint-Chrême quant à lui est lié spécialement au baptême, à la confirmation et aux ordinations. C’est l’huile de l’onction reçue par chaque chrétien. Elle marque son appartenance au Christ, qui nous libère de la mort et du péché, nous donne des forces nouvelles et nous ouvre vers le futur.

 

[Aujourd’hui, nous sommes spécialement heureux d’accueillir parmi nous des jeunes confirmés. Ils ont préparé cette célébration d’une manière toute spéciale et ils manifestent par leur présence tous ceux qui se préparent à la confirmation. Je leur souhaite de persévérer dans la foi avec confiance et d’être des témoins du Christ, des témoins bien huilés, parmi les jeunes de notre diocèse].

 

Dans cet esprit je souhaite à tous une belle montée vers Pâques, la fête de la vie et de la résurrection.

 

Ich wünsche Ihnen allen einen schönen Abend und lade Sie dazu ein, sich das Gute, das Sie empfangen haben, ins Bewusstsein zu rufen und es tagtäglich in die Tat umzusetzen!

 

Je souhaite à tous une bonne soirée, je vous invite à prendre conscience du bien que vous avez reçu et à le mettre en pratique jour après jour ! Amen !

 

Voilà le Carême arrivé !

Notre entrée en Carême
Mais qui donc doit se convertir ?

Chers Frères et Sœurs,

Voilà le Carême arrivé !
Quarante jours de cheminement vers Pâques !
À travers les souffrances de Jésus et celles du monde.
Vers la joie de la résurrection et de la vie nouvelle.
Quarante jours de conversion personnelle et communautaire !

En ces jours tourmentés, pleins d’éclats de guerre et de terrorisme, nous sentons très fort le besoin de conversion de notre terre et de nos sociétés. Qu’est ce qui va freiner la violence en Ukraine, en Syrie, en Lybie, en Irak et ailleurs ? On dirait que ce sont les autres qui ont besoin de conversion, pas nous ! On dirait que la violence est ailleurs que dans nos cœurs, qu’elle est dans des esprits pervertis et lointains, qui font régner l’injustice dans le monde.

La vraie question pour nous est de voir comment nous sommes partenaires inconscients des violences que nos sociétés exercent et du péché qu’elles portent en elles-mêmes. Comment pouvons-nous nous convertir en convertissant notre monde en même temps ?

Voilà le chemin de conversion qui nous est proposé en ce Carême. La prière, le jeûne et l’aumône nous aideront sur ce chemin.

La prière nous branche sur Dieu et sur sa force d’amour, plus que sur la nôtre et sur nos prétentions. Elle nous fait prendre distance de nos automatismes et nous oblige à nous arrêter et à nous décentrer de nous-mêmes.
Le jeûne nous fait prendre distance de nos volontés de jouissance immédiate, de nos satisfactions passagères, pour retrouver le fond de notre cœur.
L’aumône nous oriente vers le don, en réponse au besoin des autres ; elle nous fait vivre l’amitié concrète et le souci du pauvre.

Ainsi nos cœurs pourront se convertir et le monde pourra devenir meilleur !

+ Jean-Pierre Delville

Resurrection

Opération anti-terroriste à Verviers – Anti-Terror-Aktion in Verviers

 

« Au moment même où je visitais la mosquée du Ceciv rue de Hodimont à Verviers, un groupe de terroristes étaient repérés et certains abattus par la police. La cordialité manifestée par la communauté musulmane de Hodimont contraste avec la violence de ceux qui trahissent l’Islam par leur agressivité aveugle.La guerre engendre la guerre. Seul le dialogue et la rencontre conduiront à la paix. »

Mgr Jean-Pierre Delville
Evêque de Liège

 

„Im Rahmen meiner Pastoralbesuche im Bistum Lüttich befinde ich mich zurzeit in Verviers. Im selben Augenblick, wo ich die Moschee von Ceciv in der Rue de Hodimont in Verviers besuchte, wurde eine Gruppe von Terroristen von der Polizei aufgespürt, wovon einige erschossen wurden. Die Herzlichkeit, mit der ich von der muslemischen Gemeinschaft von Hodimont empfangen wurde, steht im Kontrast zu der Gewalt derjenigen, die den Islam mit blinder Aggressivität verraten. Krieg bringt Krieg mit sich. Nur der Dialog und Begegnung führen zum Frieden.“

Jean-Pierre Delville, Bischof von Lüttich