La réponse publique : «Je suis Charlie»

La logique de « Je suis Charlie »téléchargement (1)

Pourquoi se reconnaît-on à ce slogan, même si on ne partage pas nécessairement les idées de Charlie-Hebdo ? « Charles » ou « Charlie » est un nom identitaire de la France. C’est le nom de son premier roi Charles Ier, qui n’est autre que Charlemagne. « Charles » est un nom germanique, « Karl », car Charlemagne et toute la dynastie des rois carolingiens est germanique, elle est de la tribu des Francs. Ce sont les Francs, entrés en Gaulle dès le 4e siècle, qui vont transformer les Gaulois en « Français », c’est-à-dire « Francs ». L’identité française est donc plurielle : elle est la fusion de la culture germanique avec la culture gauloise, d’origine latine et celte. Cette fusion s’est faite grâce à l’influence du christianisme, qui a beaucoup inspiré Charlemagne. Dire « Je suis Charlie » reflète cette expérience millénaire de rencontre des cultures germanique et latine ; c’est le reflet d’une culture plurielle.

La logique des frères Kouachi et du wahhabisme

Face à cela, l’Islam revendiqué par les terroristes est un ersatz d’Islam. Il s’agit du courant wahhabite, qui est une reconstitution fictive de l’Islam médiéval, simplifié à l’extrême et réduit à certaines lois codifiées dans la sharia. C’est un Islam de combat, destiné à s’opposer au pluralisme et au matérialisme de la culture mondiale actuelle. Il s’agit d’une culture de revanche face aux humiliations subies par l’Islam suite à la chute de l’Empire ottoman en Turquie (1918) et à la perte de toutes ses possessions européennes (les Balkans), suite aussi aux oppressions engendrées par les colonisateurs anglais et français sur les régions musulmanes historiques (Pakistan, Syrie, Irak ; Algérie, Tunisie). Cette identité devient un véritable fascisme, comme l’a montré le P. Emilio Platti dans Tertio (décembre 2014). Ici il s’agirait d’une inspiration de la branche yéménite d’Al-Qaïda.

La nécessité du dialogue et de la liberté d’expression

Cette opposition entre une identité plurielle et une identité fermée a provoqué l’attentat du 7 janvier. La réaction « Je suis Charlie » manifeste la conscience de l’importance d’une identité ouverte, dans notre monde actuel. Pareille identité entraîne la nécessité d’un dialogue. C’est ce que voulaient provoque les journalistes de Charlie-Hebdo par leur liberté d’expression. Elle demande un surplus d’engagement. Le monde musulman a compris l’importance de ce dialogue ; un iman du Hezbollah a dit très clairement ce vendredi 9 janvier : « Les djihadistes de Paris ont fait bien plus de tort à l’Islam que les caricatures de Mahommed parues dans Charlie-Hebdo ».

Le rôle des guerres dans la diffusion du terrorisme

Inversement les guerres qui s’éternisent dans le monde, comme en Syrie et en Irak, produisent des guerriers qui, revenus dans leur pays, ont tendance à continuer à agir comme guerriers. Ils sont autant de bombes à retardement. Pour endiguer le phénomène, il faut avancer dans le dialogue et arrêter la guerre. Pour arrêter la guerre en Syrie, il faut mettre la Russie dans le coup, car c’est elle qui détient les clés de la solution ; c’est elle qui tient au gouvernement de Bachar El-Assad parce qu’il protège la flotte russe dans les ports syriens. On doit donc éviter de diaboliser constamment la Russie et son régime, si on veut avancer vers la paix. Une voie ouverte est de commencer par la pacification d’Alep. Cette grande métropole culturelle est habituée au dialogue interreligieux. Mais elle est disputée entre les deux partis, le régime syrien et le Daech des djihadistes. Sa pacification serait un pas exemplatif. L’ONU s’y attèle, à l’initiative de de la Communauté S. Egidio. Tout ceci exige de dépasser des a priori faciles.

L’enchaînement : l’attentat anti-juif de la Porte de Vincennes et celui de Maiduguri au Nigéria

Samedi 9 janvier, s’est ajouté l’attenta commis pas Coulibaly contre l’Hyper Cacher, magasin juif de Paris, à la Porte de Vincennes. Il est significatif de cette volonté d’exclusivisme du mouvement djihadiste. On apprend au même moment qu’une bombe a tué 19 personnes au Nigéria, sur le marché de Maiduguri, ce 10 janvier. Elle manifeste une action de Boko Haram, le mouvement terroriste qui attaque la population nigériane. L’attaque a fait plus de morts que celle de Paris, mais bien moins de bruit. Elle est bien moins médiatisée. Mais elle relève de la même logique.

La piste du dialogue interreligieux et de l’évangile

C’est pourquoi face à ces périls, seul le chemin du dialogue entre les religions et les convictions, dans le cadre d’une société plurielle et respectueuse de l’autre est porteur d’avenir. Le rôle des chrétiens est fondamental, car leur habitude à vivre un idéal de foi dans le cadre d’une pluralité du message originel (les deux testaments, les quatre évangiles) leur permet de diffuser la logique de l’amour dans le respect mutuel.

Jean-Pierre Delville

Evêque de Liège

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